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28 novembre 2009 6 28 /11 /novembre /2009 23:53



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... Suite toujours...


... La femme de chambre me répétait cela toute la journée. Je regardais à la fenêtre, quand on ne me surveillait pas. Je regardais les marins sur les bateaux et les enfants dans la rue. J'avais douze ans quand je l'ai demandé. On a refusé bien entendu. Un jour, j'ai surpris une conversation entre Parpoil et M. Drapeur. J'ai appris que M. Drapeur n'était pas mon oncle, et j'ai appris aussi qu'il avait peur que je lui échappe. Il n'avait aucune raison d'avoir peur à ce moment-là...
... - Je ne vois pas... commença Gaspard.
... - M. Drapeur veut faire de moi une musicienne. Il est plein de bonne volonté. Il a toujours l'air de s'excuser. Chaque fois qu'il me regarde, je crois qu'il va me poser une question.
... Hélène alluma sa lampe électrique. Gaspard regarda le livre qu'elle tenait dans la main. C'était un livre d'images. Elle poursuivit:

...............................................................................  à suivre ...

 
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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 22:17



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... - Une cheminée inutile, expliqua Hélène. On marche au mazout. 
... - J'ai surpris des conversations entre Parpoil et ton oncle, dit Gaspard. Je veux t'en parler tout de suite pour que tu sois prévenue. Après, je m'en irai.
... Il rapporta ce qu'il avait entendu.
... - Deux ans aux Bermudes, dut Hélène. J'ai autre chose à faire.
... - Qu'est-ce que tu veux?...
... - Je veux retrouver mon pays.
... Gaspard n'osait prononcer un mot. Il s'obstinait à regarder ses habits déchirés.
... - Je ne sais pas si tu pourras m'aider, dit-elle enfin. Mais je veux courir ma chance. Je vais t'expliquer. Il faut d'abord que je prenne quelque chose dans ma cabine.
... Elle se leva et redescendit l'échelle. Pendant son absence, Gaspard ne fut pas sans angoisse. Quand elle revint, elle tenait un petit livre et une lampe électrique.
... - On verra ta lampe, si tu l'allumes, dit Gaspard.
... Nous nous cacherons au fond de la barque. Tu la connais, cette barque, dut Hélène.
... Gaspard défit la cordelette. Ils se glissèrent sous la toile qu'ils replacèrent aussitôt.
... - Je vais t'expliquer, reprit Hélène.
... - Tu n'as pas besoin d'avoir confiance en moi, dit Gaspard. Je ne suis bon à rien.
... - Personne n'est bon à grand chose.
... Hélène parla à mi-voix sur un ton sérieux et parfois assez dur. Elle dit d'abord quelle était sa vie depuis de longues années. Elle habitait à Anvers dans une maison qui avait vue sur le fleuve. Elle possédait pour elle seule un appartement. Elle était servie par une femme de chambre attachée à sa personne. Chaque matin, la femme de chambre la réveillait à huit heures. Hélène prenait son bain, puis elle recevait les leçons d'un précepteur. A dix heures, le piano. Elle déjeunait au rez-de-chaussée dans la grande salle à manger où il y avait d'énormes meubles hollandais. Toujours à la droite de M. Drapeur qui lui parlait peu, sinon pour lui demander si elle manquait de quelque chose. L'après-midi, leçon de chant, après quoi un chauffeur la conduisait au tennis pendant l'été, à la patinoire, l'hiver. La femme de chambre l'accompagnait toujours et, parfois, elles revenaient à pied ensemble dans les rues d'Anvers, mais c'était rare. Le dimanche, Hélène devait travailler à son piano pendant une heure. Il y avait la messe. L'après-midi une promenade en voiture. M. Drapeur venait avec elle le plus souvent. Ils visitaient ensemble les villes belges ou hollandaises. Chaque année, séjour à Ostende dans le plus bel hôtel et un voyage en yacht. Hélène connaissait l'Angleterre, la Norvège, la Grèce et l'Italie. Voyages prévus dans les moindres détails. M. Drapeur tâchait d'éviter à Hélène tout contretemps. Il s'attachait à l'instruire.
... - On m'avait donné un chien et un chat, disait Hélène. Un jour j'ai demandé un jeune lion. On me l'a donné...
... - Tu avais de la chance, dit Gaspard...


............................................................................... à suivre .....


                                                  Dune à Ostende...
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Evidemment...
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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 21:56



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... De surprise en surprise...


...  CHAPITRE 7:
                                                         LE  GRAND  PAYS...



... La nuit même où Gaspard avait entendu cette conversation une tempête soudaine éclata. Un peu avant le jour, un marin était venu vérifier le serrage des écrous dans le réduit, comme il le faisait pour toutes les cabines. Il était reparti en jurant " qu'il le savait bien que les écrous étaient toujours bloqués dans cette cambuse ". Gaspard était désormais assuré qu'on le croyait parfaitement prisonnier et que personne ne se douterait jamais qu'il possédât un moyen d'évasion.
... La tempête fut rude, mais elle dura peu. La nuit suivante, il ne demeura que d'immenses ondulations. Le bateau tanguait avec douceur. Vers minuit, Gaspard qui étouffait de chaleur et ne pouvait dormir rouvrit le hublot. Les plus grandes vagues, que le bateau coupait, arrivait à quelques centimètres sous le hublot. Gaspard eut la joie de plonger ses mains dans l'eau lorsqu'elle montait jusqu'à lui. Un rire un peu étouffé le fit sursauter. Et presque aussitôt:
... - Gaspard Fontarelle, je ne me trompe pas.
... Gaspard passa la tête et les épaules dans l'ouverture du hublot.
... - Hélène! murmura-t-il.
... - Tu connais mon nom, maintenant? répondit Hélène.
... Elle était habillée comme à Lominval d'un pantalon et d'une blouse. Elle s'était agenouillée et avait passé la tête entre deux barreaux. Ses cheveux pendaient au-dessus de Gaspard et à travers les cheveux Gaspard voyait les étoiles.
... - Je vais te faire monter sur le pont, dit Hélène brusquement. Nous pourrons parler. Parpoil est ivre. Mon oncle ne vaut guère mieux ce soir.
... - Ne t'occupe pas de moi, murmura Gaspard.
... - Faufile-toi dans le hublot, dit Hélène.
... Il fit comme elle voulait. Elle se mit à plat ventre sur le pont et saisit les deux mains de Gaspard qui fut étonné de sa force. En prenant appui sur le bord du hublot et en dégageant une main pour saisir une barre du bastingage, il s'appliqua à lui rendre la tâche plus aisée. Dès qu'il fut debout sur le pont devant Hélène, il éprouva un vrai sentiment de délivrance. Il voyait le navire fendre les longues vagues qui se mouvaient jusqu'à l'horizon sous les étoiles. Un vaste balancement faisait monter et descendre la proue. Enfin il regarda ses habits souillés.
... - Cela n'a pas d'importance, dit Hélène. Viens par ici.
... Elle l'entraina vers une échelle, à laquelle ils montèrent. Ils allèrent s'asseoir contre la grille de la cheminée...



.......................................................................  à suivre  ...



                                       
                                                  La mer du Nord... le soir...
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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 21:56



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... - Un bien mauvais artiste, dit M. Drapeur. Comment Hélène est venue chez moi, cela importe peu. Je ne peux pas songer qu'un jour je serai séparé d'elle. Du moins pas avant que j'aie réussi à faire d'elle une chanteuse hors de pair. Elle a des dons peu ordinaires. Vous ne me comprenez guère, Jacques Parpoil. Je ne crois nullement qu'elle ait du génie. Bien loin de là. Je voudrais qu'elle soit la plus simple des merveilles, et je désire lui donner un nom dans le monde. Mon grand ennui sans doute, c'est de ne pas avoir eu d'enfants et d'être resté veuf. il m'est difficile de comprendre Hélène.
... - Voilà pourquoi vous avez besoin qu'on vous ramène sur terre de temps à autre, disait Jacques Parpoil. Qu'elle soit une future vedette, cela ne me regarde pas. Je me contente de savoir que vous tenez à la garder, comme si vous étiez son père, et je suis sûr que c'est une fille obstinée et sans pitié. Puisqu'elle s'est mise en tête de chercher une famille qui n'existe sans doute pas et un pays tout aussi imaginaire, il faut d'une manière ou d'une autre la débarrasser de ces folles idées.
... - Peut-être ai-je tort, disait M. Drapeur. Elle passera donc un an ou deux aux Bermudes, si cela est nécessaire. Mais quand je la vois, je me sens coupable.
... - Eh bien, conduisez-la dans son pays, et qu'on n'en parle plus.
... - Son pays, je ne le connais pas moi-même, et je ne vois pas de quel pays elle veut parler. Sa famille, en admettant qu'elle existe encore, l'a oubliée de puis longtemps. Où serait sa famille?...
... - Vous ne connaîtriez même pas l'origine d'Hélène? Cela est bien invraisemblable, dit Jacques Parpoil sur un ton provocant.
... - Je ne veux pas qu'il soit question de son origine, trancha M. Drapeur d'une voix ferme.
... - C'est toujours ainsi, il faut suivre vos caprices et vous ne savez pas ce que vous voulez.
... M. Drapeur avait soudain fait volte-face et s'était éloigné, plantant là son secrétaire, qui bientôt, s'éloigna à son tour en sifflotant avec insouciance, comme s'il avait l'assurance de mener toujours son maître par le nez, et comme s'il était satisfait de l'avoir mis hors de lui. Quand les deux hommes furent partis, Gaspard regarda longuement la mer et les étoiles qui redevenaient de plus en plus vives. Ainsi le yacht allait vers les Bermudes. Gaspard répéta plusieurs fois ce nom, puis il referma le hublot. Il resserra les écrous avant de s'endormir.
... Le lendemain soir, il eut encore la chance de surprendre l'entretien des deux hommes. Cette fois ils devisaient en faisant le tour du pont et Gaspard attrapait des bribes lorsqu'ils passaient à bâbord au-dessus de son hublot. D'abord quelques paroles de M. Drapeur.
... - Pourquoi ai-je voulu être armateur, et pas seulement diamantaire? Je ne pourrai même pas demeurer trois jours aux Bermudes. J'ai des affaires qui m'attendent... Quand on acquiert une fortune, c'est l'enfant qui s'amuse en nous. On construit de vraies maisons. On possède des bateaux, mais on regrette d'autres merveilles comme les enfants... A soixante ans je ne peux pas  oublier, que je désirais devenir un vrai musicien. Je voudrais donner à Hélène l'avenir que je n'ai pas eu... Hélène a d'autres idées qui m'échappent...
... Quand à Jacques Parpoil, ses paroles gardaient un caractère pratique:
... - Hélène fera un excellent séjour chez les Smithson... Deux ans dans une île, voilà de quoi la rendre sage... Elle aura un superbe appartement au deuxième étage de la maison... Des gens simples, les Smithson: vie régulière, le tennis, le bain, le cinéma, une réception par semaine... Je pense qu'Hélène est surtout douée pour faire du cinéma. Chanteuse si vous voulez, mais comédienne avant tout... 
... Gaspard regrettait de se trouver dans une situation si pitoyable qu'il ne pouvait prétendre parler à Hélène. Mais un soir... 

.............................................................................  à suivre  ....




 
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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 22:40



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... Malgré la fatigue d'une journée de travail, Gaspard demeura dans le ravissement. Bientôt des pas approchèrent et deux hommes vinrent s'accouder sur le bastingage au-dessus de Gaspard qui aussitôt s'effaça de peur d'être aperçu.
... Les hommes poursuivaient une longue et sérieuse conversation. Gaspard reconnut les voix de M. Drapeur et de Jacques Parpoil.
... - Hélène sera parfaitement heureuse aux Bermudes, disait Jacques Parpoil.
... - Je me demande s'il était bien nécessaire de l'éloigner, murmurait Drapeur.
... - De cette façon elle poursuivra ses études musicales et il n'y aura plus à craindre qu'elle se sauve pour chercher son pays, comme elle dit.
... D'abord Gaspard avait cru que les hommes parlaient de la femme qui accompagnait l'enfant sur le bateau. Les derniers mots de Jacques Parpoil l'assuraient avec une certitude brutale que cet enfant à l'allure sauvage et aux beaux yeux était une fille. Comment ne s'en était-il pas douté? Et vraiment ne l'avait-il pressenti sans se l'avouer, surtout à ces moments où il se souvenait de ses yeux clairs? L'enfant avait tout à fait l'allure d'un garçon et sa chevelure, plus longue qu'il ne convient, ne lui donnait pas un air de fille. Ses lèvres, son front et tout son visage, malgré la beauté des traits, gardaient un accent farouche et sans douceur. Mais certainement les yeux trahissaient une tendresse inconnue. 
... Un long silence entre les deux hommes. Jacques Parpoil reprit:
... - Vous m'avez chargé d'empêcher Hélène de faire de nouvelles bêtises. Déjà vous auriez prévenu sa dernière fugue si vous m'aviez écouté. N'est-ce-pas grâce à moi que nous l'avons retrouvée à Lominval? Je ne cherche nullement à savoir quelle parenté vous lie à Hélène, ni comment elle est venue chez vous. Je me contente de satisfaire votre volonté, mais ne discutez pas à chaque instant les dispositions les plus raisonnables. Je sais que vous n'y entendez rien. Vous êtes un artiste...


............................................................................  à suivre  ...

 
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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 19:24



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... De temps à autre, il arriva que par le mouvement du bateau, l'horizon apparût dans un hublot comme une ligne qui barrait le carreau en travers. C'était un fragment de miroir bleu qui contenait d'énormes étendues.
... De son réduit, Gaspard chercha à entendre les bruits du couloir. Des voix lui parvinrent. Il sut que Jacques Parpoil et le second habitaient les cabines voisines. Celles qui se trouvaient dans la superstructure étaient sans doute réservées au capitaine, à M. Drapeur, ainsi qu'à son prétendu fils ou neveu, et à cette gouvernante que Gaspard avait aperçue à Anvers sur le pont du yacht. Il revint à son hublot qui était d'une blancheur de lait. Il essaya de gratter le carreau avec une tige de fer qu'il trouva. Il n'obtint pas le moindre résultat. Il voulut desserrer les écrous. Il s'y meurtrit les doigts, mais il ne cessa ses efforts que lorsque le sang sortit de ses ongles. 
... Pendant trois jours, il chercha un moyen de faire sauter les écrous. La mer était plus calme. L'horizon ne montait plus à aucun moment dans les hublots de la cuisine. La chaleur devenait étouffante dans le réduit. Gaspard voulait absolument ouvrir le hublot et se procurer un peu d'air. Il ne put trouver de clé à molette parmi les innombrables outils de la cuisine. Il s'empara d'un fort couteau et il essaya d'entamer les charnières. Après trois heures d'effort, il cassa le couteau. Enfin, un soir, comme il faisait les derniers rangements dans la cuisine, ses yeux tombèrent sur des pincettes de fer forgé assez longues. Le cuisinier venait de sortit. Gaspard fourra les pincettes dans son pantalon. Presque aussitôt un marin venait le chercher comme d'habitude.
... Il est possible de caler un assez gros écrou entre des branches de pincettes. Si l'on saisit l'extrémité des branches, on obtient une assez forte prise et on a l'avantage d'un bras de levier assez long. Dès que Gaspard eut pesé sur les branches des pincettes, le premier écrou céda. Il n'y avait que deux écrous. En quelques minutes Gaspard put soulever le hublot.
... Aussitôt un bruit merveilleux lui parvint. C'étaient comme des milliers de sources. Au dehors, sous les étoiles, apparaissait une mer d'un bleu sombre. Pendant deux longues heures, Gaspard écouta et regarda. Le lendemain il parvint à attacher le hublot avec un fil de fer au plafond de la cabine. Il eut alors le loisir de passer complètement la tête au-dehors, ainsi que les deux épaules, en se serrant un peu, lorsqu'il eut pris appui sur des balais qu'il avait empilés.
... Malgré sa position incommode, il éprouva la joie de participer à la vie du bateau. Il pouvait, en tournant la tête vers le haut, apercevoir une partie de la superstructure et, en étendant le bras, il aurait presque touché le niveau du pont. Il entendait des pas marteler le pont, et non loin s'élevait une chanson qu'un piano accompagnait. Le jeune Drapeur chantait...

.........................................................................  à suivre  ....


 
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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 17:59



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... Gaspard resta debout dix heures ce jour-là, et douze heures les jours suivants. le roulis l'obligeait à des gymnastiques épuisantes. Lorsqu'il ne pouvait se coincer entre un réchaud et un buffet, il était obligé sans cesse de s'accrocher ici et là. Le cuisinier, pour sa part, ignorait le mouvement du bateau et se moquait de Gaspard qui se versait de l'eau bouillante sur les pieds. On avait donné à Gaspard de vieilles chaussures qui ne le protégeait nullement contre les brûlures dont il dut supporter la douleur sans souffler mot. Le soir on lui assigna, pour passer la nuit, un réduit dans l'entrepont comme la cuisine, et où l'on rangeait les fauberts et les brosses. On le mena le long d'une coursive, on le jeta dans ce réduit et on l'enferma à clef. Dans l'obscurité il trouva simplement un vieux sac pour appuyer sa tête.
... Le premier soir, il eut beaucoup de peine à s'endormir. Il avait compté qu'il serait vu du jeune Drapeur et accablé de son mépris.. Il tait simplement condamné à passer des jours comme prisonnier, sans même avoir aucune nouvelle de l'enfant. Il voulut regarder par son hublot, mais le verre était brouillé et les écrous bloqués de telle façon que ce hublot ne pouvait s'ouvrir. Gaspard colla son oreille à la tôle qui formait la coque ( car dans ce coin il n'y avait aucun lambris ), et il chercha à surprendre les bruits de dehors.
... Il entendit seulement les coups sourds des vagues et de longs clapotements qui couraient sur les flancs du navire. Il tenta d'imaginer l'étendue écumante sous les étoiles de la nuit. Uù se dirigeait le navire?... Si c'était vers le Sud, il devait déjà avoir traversé le Pas-de-Calais. Gaspard se rappelait ses leçons de géographie et revoyait nettement les mers avec leurs noms écrits sur le bleu. Mais il ne se rendait aucun compte des distances ni de la vitesse du yacht. 
... Le lendemain matin, un marin vint lui ouvrir la porte, dès l'aube, et le poussa devant lui jusqu'à la cuisine. La cuisine était presque à l'extrémité de la coursive. Gaspard ne voyait que l'escalier qui menait au pont supérieur. Sans se soucier de ce qui adviendrait, il s'élança dans l'escalier et en trois bonds il parvint au grand jour. L'avant du navire montait et plongeait vers un horizon infini. Ce matin, les vagues étaient d'un bleu tendre, énormes et profondes, mais il n'y avait pas d'écume. Le soleil éclairait cette immensité qui ressemblait aux forêts lorsqu'on les voit d'une hauteur. Ce fut dans un éclair que Gaspard entrevit cette mer incomparable. Aussitôt, le marin l'avait rattrapé par un pied et lui faisait dégringoler l'escalier sur le ventre et à reculons.
... Gaspard n'avait pour spectacle que les fourneaux et les casseroles. Les hublots de la cuisine éclairaient une grande table où Maître Sedagne s'occupait à son art et composait ses plats.
... - Tu veux voir la mer? Est-ce que je regarde la mer, moi? disait Maître Sedagne. Quand tu auras appris à travailler, tu n'auras plus envie de voir la mer...


.............................................................................  à suivre ...

 


 
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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 18:52



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... Suite de l'escapade maritime de Gaspard.

... Le maître coq se montrait impatient et hargneux. Il considéra Gaspard comme un esclave. Il était jaloux de son prestige et se vantait d'avoir été au service de deux ou trois princes de l'Europe. M. Drapeur se devait d'avoir un des meilleurs cuisiniers du continent. L'homme apprit à Gaspard qu'il fallait livrer à la cuisson des légumes sans aucun défaut, renouveler sans cesse l'eau bouillante où l'on plongeait les assiettes et les verres, fourbir les casseroles à longueur de journée, balayer deux fois par heure la cuisine. C'étaient des nécessités plus pressantes que le simple besoin de respirer. Maître Sedagne utilisait pour préparer ses mets une énorme quantité d'ustensiles. Gaspard connut quel tourment c'était que d'extirper le moindre résidu de quinze ou vingt modèles de presse-purée et de moulins à viandes et à légumes, tous pareils à des instruments de chirurgie. A leur propos, Maître Sedagne parlait, non pas de propreté, mais d'asepsie...

.............................................................................  à suivre  ...


 
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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 22:17



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... Suite de l'escapade maritime de Gaspard.

... Sur une étendue immense, limitée par un horizon qui était aussi bien droit que courbe, c'étaient des milliers ou bien des millions de bandes d'écume plus claires que la lumière du jour. Des profondeurs vertes se creusaient par endroits. Cette vision éclatante ne dura qu'un instant d'une brièveté inouïe. A peine Gaspard avait-il ouvert les yeux sur cette mer, qu'il sentit une main qui l'agrippait par les cheveux, et le tirait avec brutalité hors du canot. Il fut jeté sur le pont comme un paquet. Devant lui se tenait un marin qui le considérait avec un air de menace.
... - Si je ne te flanque pas à la mer avant qu'on t'ait vu, c'est moi qui trinquerai, petite ordure.
... Suivirent d'autres grossières insultes. Gaspard voulut se relever. Il reçut une gifle qui le coucha de nouveau sur le pont où il demeura à demi évanoui.
... - Que se passe-t-il? cria une voix.
... Un autre marin survenait. Jacques Parpoil grimpa l'échelle et apparut à son tour.
... - Un jeune passager clandestin, dit Parpoil de sa voix la plus mielleuse. Nous avons mal cherché hier soir. Peut-on savoir pourquoi vous vous êtes caché sur ce yacht, jeune homme?...
... Gaspard était incapable de répondre. Lorsqu'il reprit tout-à-fait ses sens, il résolut néanmoins de se taire obstinément. L'essentiel c'était qu'on ne le reconnût point. D'ailleurs, qui pouvait imaginer que le petit paysan de Lominval avait réussi à gagner Anvers et qu'il aurait eu assez d'intelligence et d'audace pour découvrir le yacht et s'y glisser malgré la surveillance qu'on y exerçait? On traîna Gaspard dans le salon où M. Drapeur et le capitaine prenaient l'apéritif. Gaspard fut étonné par l'élégance de ce lieu. Des fauteuils rouges, des lambris dorés. Il se crut transporté dans un palais. Avec une assez grande régularité, les rideaux qui ornaient les hublots se mettaient à l'horizontale. Gaspard, saisi par le vertige, s'accrocha à une petite colonne de cuivre. Aussitôt un marin lui cingla les mains avec violence:
... - Ote d'ici tes pattes sales.
... Gaspard vacilla et s'écroula sur le tapis. Vraiment il n'avait pas bonne mine. Son pantalon et sa blouse avaient souffert des événements, depuis le départ de Lominval. A peine si M. Drapeur et le capitaine jetèrent un regard sur lui.
... - On va le faire travailler, dit le capitaine.
... - Donnez-lui à manger, dit M. Drapeur.
... - Qu'on le mette d'abord au travail, dit le capitaine. Qu'il sache, comme ses pareils, ce que coûte une petite croisière.
... - Nous ne manquons pas de personnel, dit M. Drapeur.
... - Le cuisinier trouvera à l'employer. Cela permettra à Joseph, le plongeur, d'aider Adrien qui se plaint d'être seul pour astiquer les cuivres du bateau.
... - Bien entendu, je n'y connais rien, avoua M. Drapeur.
... - Laissez-nous faire, conclut Jacques Parpoil.
... C'est ainsi que Gaspard eut la première idée de la vie de M. Drapeur. A chaque instant, les intentions de M. Drapeur se trouvaient déformées par ceux qu'il payait pour être dégagé de tout souci matériel. On emmena Gaspard à la cuisine. Aussitôt, le nommé Joseph, qui était un garçon difforme d'une vingtaine d'années, fut délégué pour frotter les escaliers, déjà tout luisants de cire. Gaspard reçut la mission d'éplucher les légumes ...

.........................................................................   à suivre  ....

 
 
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 21:51




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...     6° Chapitre :
                                             UNE ETRANGE CROISIERE...



... Il n'y a rien de plus doux que la rumeur des machines lorsqu'un bateau quitte lentement le port pour gagner la mer. Seul le bruit de la chaîne d'ancre aurait pu réveiller Gaspard. Mais il ne s'éveilla point, et lorsque la proue fendit les eaux du fleuve, le froissement de l'écume s'unit à la voix profonde du bateau pour faire une chanson paisible et continue qui pouvait donner libre cours aux plus beaux rêves. De temps à autre le gargouillement métallique de la barre se faisait entendre. Le Beaumont passa devant Lillo, et gagna les eaux hollandaises. Il avait appareillé à cinq heures. Vers le milieu de la matinée il doublait Vlissingen et comme il entrait dans la mer du Nord, la houle l'attaqua de flanc et il se mit à rouler.
... Gaspard voyait dans son rêve une ville qui dominait des eaux immenses. De larges avenues s'ouvraient sur des quais inondés de lumière. De hautes maisons bordaient les avenues. Ces maisons furent soudain renversées en arrière, après quoi elles revinrent sur leurs bases et se penchèrent vers l'avant. Gaspard remarquait surtout une maison à quarante étages au sommet de laquelle une jeune fille se promenait avec une ombrelle. A chaque oscillation de la bâtisse, la jeune fille manquait de tomber. Soudain il y eut un mouvement plus brutal, et toutes les pierres se disjoignirent. La jeune fille disparut au milieu des pierres qui roulèrent dans les avenues et formèrent une sorte de montagne mouvante qui allait s'écrouler sur Gaspard quand il ouvrit les yeux.
... Il constata que son propre corps roulait au fond de la barque, et il entendit une longue barre d'écume se briser contre le flanc du yacht. L'autre jour, un cheval l'emportait à travers les bois; aujourd'hui, c'était un navire qui l'entraînait sur la mer. A quoi bon s'étonner? Tout irait de mal en pis indéfiniment...
... Gaspard n'osait faire un geste. Il songea aux jardins fermés de Lominval où il venait écouter dans la paix du soir des bribes de conversation. Alors il s'amusait à surprendre des mots et un soir quelqu'un avait parlé de la mer. Suffisait-il qu'il eût entendu ce mot pour être précipité malgré lui vers la mer? Il se souvint des événements de la nuit et convint qu'il avait été un sot, qu'il aurait dû se jeter à l'eau et rejoindre Niklaas, quand celui-ci l'avait appelé. Mais il était monté sur le yacht, égaré par la peur. Un démon le possédait sans doute. Enfin Gaspard se dit qu'il n'avait jamais vu la mer et, de nouveau, il se sentit envahi par une grande paix. Il s'était accroupi au fond de son canot. Après avoir murmuré une courte prière sous la toile qui pour l'instant lui servait de ciel, il dénoua la cordelette avec précaution et souleva la toile afin de regarder la mer...

..........................................................................  à suivre  ....

 
 
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Présentation

  • : Le blog de Alain LECLEF
  • Le blog de Alain LECLEF
  • : Ce blog est destiné à présenter un court-métrage cinéma autour d'Arthur Rimbaud et de Nina... Voilà donc une approche par divers poèmes, d'Arthur bien-sûr... mais aussi d'autres poètes proches de lui... comme Emile Nelligan... de Léo Ferré pour sa musique et ses mots... ainsi que divers articles, images et extraits musicaux... Une balade aussi bien-sûr en Abyssinie... pour essayer de comprendre... Merci aux futurs lecteurs...
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