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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 22:21



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...  Parpoil était passé simplement pour faire une inspection rapide, ou pour chercher un objet. Presque aussitôt il avait repris le canot et il regagna la ville. Gaspard demeura tout le reste de la journée étendu sur une chaise longue. Le marin, qui avait assisté à la scène, et son compagnon prirent sur eux de procurer cet agrément au jeune garçon. Gaspard regarda, avec admiration et avec une grande tristesse le port, la ville et surtout la plage et cette maison éloignée où Hélène se mourait. Un soleil éblouissant pesait sur toutes choses. L'eau, profondément bleue, demeurait immobile.
... Le soir, Gaspard mangea avec les marins. Ils parlaient un langage où le flamand se mêlait au français.
... - Il faut travailler longtemps, il faut toujours travailler, disait l'un.
... - Je ne demande qu'à travailler, disait Gaspard.
... - On peut aussi espérer qu'il y a de belles choses à voir en ce monde, disait l'autre.
... - Selon la volonté du Seigneur, reprenait le premier.
... Les marins racontèrent des histoires jusqu'à minuit. Ils laissèrent Gaspard dormir sur un lit dans leur cabine.
... Quand on raconte des histoires, on attend toujours une autre histoire, et Gaspard, le lendemain et les jours suivants, tout en vaquant à ses besognes, attendait qu'une histoire lui vînt de la ville et de la maison d'Hélène. Elle arriva par bribes un jour après l'autre.
... Chacun des deux marins qui gardaient le bateau allait à terre à son tour. Ils ne manquaient jamais de s'enquérir des nouvelles. Ils se rendaient à la maison d'Hélène et attendaient patiemment devant la grille jusqu'à ce qu'ils aperçoivent le domestique chinois. L'homme ne refusait pas de leur répondre et il multipliait même des explications que l'on avait du mal à débrouiller.
... D'abord le Chinois se prenait la tête à deux mains et se lamentait: Hélène était perdue. Puis il disait son espoir à propos d'un détail insignifiant. Trois papillons s'étaient posés sur la fenêtre d'Hélène. Un oiseau avait chanté au moment où le dosteur entrait...
... Hélène souffrait d'une fracture de l'épaule. On craignait surtout les conséquences d'une lésion interne. Elle paraissait désolée, et demandait, à revenir en Belgique. M. Drapeur le lui promettait, mais on ne pouvait la transporter dans l'état où elle se trouvait. Les promesses la décevaient encore plus puisqu'elle ne pouvait se réaliser...

............................................................................... à suivre  ....

Divers-2_0006.jpg
 

                                              " Nos pas que le sable déforme... " Léo Ferré.
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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 22:26



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... Pendant un instant d'une brièveté inouïe, Gaspard eut l'impression d'une descente merveilleuse. Il ne put retenir un cri. La corde venait de se rompre.. Hélène heurta le bord de la marquise, dont les verres volèrent en éclats, et elle tomba dans la cour, les bras étendus. Son corps s'étala sur les dalles, et elle ne bougea plus...
... Gaspard ne devait jamais oublier cette chute qui lui avait paru si légère et douce dans la clarté de la nuit. Mais Hélène gardait une effrayante immobilité.
... Gaspard ne pouvait franchir la grille. Il appela de toutes ses forces. La maison s'était déjà éveillée. Les lumières s'allumaient. Un homme en pyjama sortit sur le perron, suivi d'un Chinois vêtu d'une longue chemise rouge, et de deux femmes. tous ces gens parlaient anglais.
... On releva Hélène. Gaspard aurait voulu se précipiter vers elle. Le Chinois, qui l'avait aperçu, lui jeta des injures en anglais. Gaspard ressentit une terreur inexplicable. Il se sauva au moment où l'on transportait Hélène dans la maison.
... Il revint cependant aussitôt, et il entendit une auto qui ronflait dans un garage. On avait dû téléphoner au médecin, et sans doute on allait chercher M. Drapeur. L'auto sortit du garage. Le Chinois vint ouvrir la double porte de la grille. Gaspard s'effaça dans l'ombre d'un mur. Peu de temps après arriva la voiture du médecin. Un quart d'heure plus tard, la première auto revint. M. Drapeur en descendit. Sur le perron, il fut accueilli par la gouvernante qui gémissait...
... - Elle avait voulu... J'ai pourtant veillé... Le docteur espère la sauver...
... M. Drapeur écarta cette femme non sans brutalité et entra dans la maison.
... Un silence absolu suivit ces démarches. On avait certainement transporté Hélène dans une chambre située sur l'autre côté de la maison. Aucune lumière sur la façade, sauf celle du vestibule. Gaspard fit le tour du jardin, qui était entouré d'un mur élevé. Il ne pouvait l'escalader et cela n'aurait servi à rien. Si Hélène mourait ce serait de sa faute. Il aurait dû mieux vérifier la résistance de la corde. Peut-être la corde avait-elle frotté sur l'angle d'une pierre, tandis qu'Hélène se balançait.
... Gaspard se mit à marcher. Il suivit une rue qui le mena dans la campagne et sans se rendre compte il parcourut une assez longue distance. Des larmes coulaient de ses yeux jusque sur ses épaules nues. Il s'était finalement engagé dans un sentier qui aboutissait à une impasse formée par des rochers. Au-dessus des rochers, il y avait un bois de pins. Ces pins étaient tous morts. Ils prenaient dans la clarté de la lune des dimensions énormes. Un grand oiseau de nuit monta au-dessus de leurs branches dépouillées. Gaspard se jeta à genoux. Il pria, puis il revint vers la ville. Ce fut par hasard qu'il arriva sur la plage juste à l'endroit où il avait caché sa ceinture. Il buta sur le monticule de sable où elle était enfouie. Il la reprit. Il gagna le bord de l'eau. Il resta un moment à réfléchir, les pieds dans l'eau. La lune avait disparu. Les vagues étaient faibles et l'étendue de la mer ressemblait à celle de la Meuse et des canaux dans la demi-obscurité du jour naissant. Où était ce beau temps de l'espérance?... Gaspard remonta vers le port et il regagna le bateau juste au moment où la lumière de l'aube baignait déjà les mâts et la cheminée. Sur le yacht tôt ou tard il aurait des nouvelles d'Hélène.
... Aussitôt qu'il fut dans son réduit il quitta son pantalon mouillé pour un autre que le maître coq lui avait alloué. Il s'étendit sur le plancher, et s'endormit. Un marin vint le chercher assez tard ce matin-là, et lui ordonna de nettoyer le pont.
... - Quand repart le bateau? demanda Gaspard.
... - On ne part plus, jeune homme, répondit le marin.
... - Pourquoi on ne part plus?...
... - Il y a eu du grabuge cette nuit.
... Le marin refusa d'en dire plus long. Cette journée-là et le lendemain, Gaspard travailla dans l'angoisse. Il prépara les repas pour les deux marins, qui lui imposèrent en outre de multiples astiquages. Le maître coq n'avait pas reparu. Trois jours après, Parpoil arriva vers la fin de l'après-midi, comme Gaspard frottait à tour de bras les plaques de cuivre de l'escalier. L'homme était un peu ivre.
... - Eh bien, jeune homme, lui cria Parpoil, n'est-ce-pas une magnifique croisière que vous faites-là? On se lève, monsieur, quand on vous parle.
... Gaspard quitta son ouvrage et s'avança vers Parpoil.
... - On laisse son chiffon pour écouter ceux qui vous font l'honneur de vous parler, continua Parpoil. Eh bien, jeune homme, voyez où mènent les beaux rêves. La propre fille de M. Drapeur a voulu se sauver, et maintenant elle va mourir.
... - Elle ne va pas mourir, cria Gaspard avec une sorte de rage.
... - Elle va mourir, répéta Parpoil. Elle délire. Elle parle d'un grand pays, un pays imaginaire bien-entendu, avec des bouleaux et des palmiers. Ah! Ah! Elle dit qu'elle va fuir là-bas avec un nommé Gaspard Fontarelle. C'est toi, Gaspard Fontarelle.
... - C'est moi, dit Gaspard avec fermeté.
... - Comment a-t-elle su ton nom? L'a-t-elle appris du cuisinier? En tout cas, elle supplie pour qu'on la laisse te voir. Elle plaint le petit prisonnier, comme elle dit. Mais elle délire et le médecin défend les visites. Il ne tiendrait qu'à moi, on te jetterait à l'eau tout simplement, jeune crétin...
... - Elle ne va pas mourir, dit Gaspard, et elle reverra son pays. Vous pouvez me flanquer à l'eau si vous voulez.
... Parpoil lança à Gaspard une telle gifle que le garçon chancela.
... - En attendant, cher nouveau-né, cria Parpoil, nous allons te fourrer à fond de cale. M. Drapeur décidera de ton sort.
... Il appela un marin qui entraîna Gaspard, comme à regret. Au moment de descendre l'escalier de la cale, Gaspard résista et se tourna vers Parpoil. Il lui cria:
... - Je vous mets au défi de rapporter mes paroles à Hélène.
... - Hélène, tu oses parler d'Hélène!...
... Parpoil s'avança et lui lança au visage une volée de coups de poings, puis il le renversa, et lui écrasa le visage avec son soulier, de telle façon que le marin protesta:
... - Assez!...
... - Jamais assez pour cette race de jeunes singes qui veulent décrocher le paradis.
... Parpoil ressemblait à un grillon obèse, mais il n'avait pas le caractère pacifique du grillon. Gaspard, bien qu'il eût le visage couvert de sang et fût à peu près incapable de se relever, continua à parler:
... - Je vous mets au défi de dire à Hélène qu'elle reverra son pays. Jamais vous n'oseriez le lui dire. Vous avez peur que ça arrive. Jamais vous n'oseriez lui dire que Gaspard Fontarelle a juré qu'elle reverrait son pays...
... L'homme semblait soudain dégrisé. L'état pitoyable où il avait mis le jeune garçon, l'attitude vaguement menaçante du marin, les paroles de Gaspard le surprenaient. Sa colère était tombée. Il ne chercha qu'à la justifier et à prendre une attitude propre à sauver sa dignité. Il parla avec une cruelle froideur.
... - La leçon aura suffi. Débarbouillez ce jeune homme, dit-il au marin. Quant à vous, monsieur Gaspard, je lui transmettrai vos paroles pour vous faire plaisir et pour me montrer courtois jusqu'au dénouement, jusqu'à ce que cette jeune fille paie très cher le prix d'un rêve, cher monsieur. Il suffit d'une corde qui casse, voyez-vous.
... Parpoil se mit à rire. Le marin releva Gaspard. Il le conduisit à la cuisine, le lava à grande eau, lui fit boire un cordial.
... - Ce soir, tu viendras avec moi dans la cabine de l'avant, dit le marin? Je te raconterai des histoires du pays...

...........................................................................  à suivre  ...

Dernier voyage


 
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 22:02



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... Chapitre 8 :                                      LE  RETOUR...


... C'était une maison ancienne, assez semblable à une maison d'Europe. Devant, il y avait une longue grille faite d'entrelacs et surmontée de piques. La distance entre la grille et la maison n'était que de quelques mètres. Hélène parut à la fenêtre. Elle aperçut Gaspard et aussitôt elle fit un geste pour lui signifier de lui lancer la balle. Gaspard déroula le fil de la bobine. Il en attacha à la corde, puis il se recula un peu, afin que la balle passe sans difficulté par-dessus la grille.
... Le coup fut manqué. La balle rebondit sur la marquise. Cela ne fit qu'un léger bruit. Gaspard tira le fil et il ramena doucement la balle. Il put cueillir la balle à travers la grille. Il cassa le fil, le renoua, au troisième essai Hélène parvint à saisir la balle. Gaspard soutint la corde tandis qu'Hélène tirait peu à peu. La corde, mince et légère, se déroula comme un serpent dans la cour, puis elle sembla monter toute seule. Elle franchit sans difficulté le bord de la marquise et glissa sur le verre avec un faible crissement.
... Dès qu'Hélène serait dans la cour, elle aurait encore à franchir la grille, mais comme elle connaissait les lieux, elle trouverait sans doute une issue plus facile du côté du jardin.
... Avant d'enjamber la barre d'appui, Hélène regarda Gaspard. Ils ne pouvaient se parler. Un grand silence régnait alentour. On entendait seulement de très légères vagues qui se dépliaient: c'était la marée descendante...
... Hélène se rendit bientôt compte qu'elle devait éviter la marquise et elle imprima à la corde un balancement assez prononcé. Elle descendit avec lenteur, en se balançant ainsi, au niveau de la fenêtre du premier étage, puis elle s'efforça de gagner une mince cimaise de briques vernies qui partait de l'extrémité de la marquise. Gaspard suivait avec une attention passionnée les moindres gestes d'Hélène. Pourquoi n'avait-elle pu attacher sa corde à une autre fenêtre que celle qui donnait sur la marquise? Sa gouvernante habitait-elle la pièce voisine, et Hélène n'avait-elle pas accès aux autres pièces? Avait-on voulu prendre des précautions extrêmes pour empêcher toute évasion? Ces questions inutiles filaient dans la pensée de Gaspard au moment uù Hélène toucha la cimaise du bout du pied. Elle ne pouvait y prendre appui, mais cela lui permettait d'accentuer le balancement, et en se laissant glisser d'un coup elle franchirait l'obstacle de la marquise. ( Est-ce que la corde ferait du bruit en se rabattant sur l'extrémité des plaques de verre? )...

.............................................................................  à suivre  ....


 
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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 21:48


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... Suite de Gaspard aux Bermudes...
... Gaspard passa ce jour-là ainsi que le lendemain dans la cuisine. Le marin venait chercher les repas et à cette occasion il permettait à Gaspard de monter sur le pont pendant quelques instants pour respirer l'air. Des bouffées d'essence se mêlaient à des parfums de feuillages et de fleurs. Gaspard fit confirmer à l'homme que le départ restait fixé aux premières heures du samedi:
... - Tout le monde sera à bord vers minuit, et on part à l'aube.
... Gaspard attendit donc minuit le vendredi. Il n'avait aucun moyen de savoir l'heure, mais par le hublot de son réduit, il put entendre le canot qui abordait le yacht. Jacques Parpoil et M. Drapeur parlaient dans le canot.
... - Allons boire, disait M. Drapeur. Je ne dormirai pas cette nuit.
... Gaspard attendit encore un peu, puis il fixa une corde à la charnière du hublot et la glissa au-dehors. La grande difficulté fut de s'équiper avec la ceinture de sauvetage, car il ne pouvait la revêtir qu'une fois sorti et suspendu à son filin. Il garda simplement son pantalon. Il avait mis dans sa poche la balle et la bobine et suspendit à son cou la brassée de corde.
... Quand il fut descendu dans l'eau, il rama doucement avec les mains et sortit de l'ombre du bateau. Il se trouva inondé par un vif éclair de lune. La  distance n'était pas longue entre le bateau et le rivage. Gaspard suivit une petite jetée. Il mit pied à terre à l'extrémité du port. 
... Il se dirigea vers la plage et cacha sa ceinture dans le sable. A ce moment il se sentit tout à fait libre. Les lieux étaient déserts. Il se mit à courir devant les façades des villas. Il arriva à une allée entre les jardins. Il eut le soudain désir de s'y engager. Il ne pouvait être venu de si loin, sans voir cette ville étrangère. Dans la clarté de la lune, il distinguait des buissons de fleurs et des arbrisseaux. Il parvint à une avenue qui allait vers le port. Au bout de l'avenue une place avec des magasins fermés. Il aperçut un policeman casqué de blanc qui traversait la place. Il rebroussa chemin, obliqua dans une rue vers la campagne. Au-delà des maisons s'élevaient des collines baignées de lumière. Des arbres sur les collines, mais alentour une terre assez aride. Il arracha une tige d'herbe et la fourra dans sa poche. Il respira longuement. Il revint sur la plage.
... Ce ne fut qu'après un temps assez long qu'il découvrit la maison d'Hélène. Au-dessus d'une marquise en verre de couleurs, au deuxième étage, une fenêtre état ouverte et une petite lumière brillait...


..............................................................................  à suivre  ....



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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 22:08



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... Suite de l'escapade de Gaspard aux Bermudes...

... Sous le ciel bleu, une ville s'étendait. Des villas, des maisons blanches, des palmiers, des arbres inconnus. Le yacht était amarré à l'entrée du port, à une encablure d'une longue plage de sable. On entendait des klaxons, et une vague rumeur qui venait du port . Assez loin, des enfants jouaient sur la plage. Gaspard les regardait comme il aurait regardé les anges du Paradis. C'était inespéré pour lui de voir cette vie paisible d'une île pleine de lumière, au milieu de l'Océan.
... Après avoir rêvé pendant un quart d'heure, il reprit son astiquage. Le maître coq vint passer le nez à la porte:
... - Aujourd'hui, je descends à terre. Tu feras la cuisine pour les deux marins qui restent à bord. Tu mangeras seul ici.
... Il referma la porte. A midi l'un des marins vint chercher la tambouille.
... - Est-ce que je peux aller sur le pont, demanda Gaspard.
... - Défendu mon garçon. Tu restes dans ton trou jusqu'au soir, puis on te met dans le placard aux balais. Ordre de M. Parpoil. 
... - Rien qu'une minute, dit Gaspard.
... Le marin l'examina des pieds à la tête, puis il lui fit signe de venir. Gaspard n'était pas encore monté en plein jour sur le pont. Il fut tellement ébloui par le soleil qu'il pleura. Le port n'était pas très vaste. Quelques cargos écrasés de chaleur. Plus loin que les bateaux, c'étaient les maisons, les jardins et le ciel immense. On était dans une baie et il y avait une autre plage sur le rivage opposé à celui non loin duquel le Beaumont était ancré. Sur quelle plage se trouvait la maison d'Hélène?...
... - M. Drapeur est allé à terre? demanda Gaspard.
... - Tout le monde est descendu, dit le marin. Ils sont dans la maison là-bas.
... Le marin indiquait une grande maison blanche, flanquée de deux ailes, qui s'élevait peut-être à un kilomètre du port. Il semblait qu'on aurait pu la pendre avec la main, comme un jouet, tant la lumière était pure et annulait toute distance. Gaspard examina longuement la maison ainsi que le voisinage.
... - Maintenant, il faut rentrer, dit le marin.

...............................................................................  à suivre  ...

 
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 16:13




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... Gaspard lui parla de ses journées à Lominval et voulut lui montrer qu'elle n'était pas faite pour de telles occupations, plus ennuyeuses que les légères contraintes qu'on lui imposait maintenant non sans lui donner tout ce qu'elle pouvait désirer, voyages, sports, jouets. Hélène demeura indifférente à ces observations. 
... - Je crois que j'appartiens à une famille d'ouvriers ou de pêcheurs, dit-elle. Je veux être avec eux.
... - Tu ne sais rien sur ta famille, reprit Gaspard.
... - Je ne sais rien, dit Hélène.
... - Tu ne m'aideras pas à retrouver Maman Jenny et le grand pays?...
... Hélène alluma sa lampe. Gaspard vit qu'elle souriait avec insouciance.
... - Il faudrait une corde assez longue, dit-il simplement. J'en trouverai une dans le bric-à-brac de ma cambuse.
... Gaspard devait faire les quatre volontés d'Hélène. C'était une nécessité. Il ne pouvait s'empêcher de croire tout ce qu'Hélène croyait.
... Il fut convenu que Gaspard viendrait lancer la corde à Hélène dans la nuit du vendredi au samedi et qu'ils regagneraient ensemble le bateau peu de temps avant l'appareillage. Ils nageraient jusqu'au bateau et rentreraient par le hublot où Gaspard pouvait aussi fixer une corde avant de partir en expédition. Hélène se cacherait dans la cale, en un coin qu'elle connaissait et où l'on ne viendrait pas la trouver. Elle ne pensait pas rester longtemps cachée. Dès qu'on serait au large , elle se découvrirait. M. Drapeur, qui ne tenait pas à se séparer d'elle, la ramènerait avec lui en Belgique.
... Le lendemain Gaspard trouva dans sa cambuse un filin léger. Il s'assura de sa résistance. Hélène lui fit parvenir une ceinture de sauvetage, une balle de mousse assez lourde et une bobine de fil bis. Gaspard ne monta pas sur le pont cette nuit-là.
... Le deuxième matin, Gaspard fut tiré de son réduit comme d'habitude. Maître Sedagne le cuisinier lui fit faire quelques besognes. Puis on prépara le petit déjeuner. Dans cette cuisine on n'avait jamais aucune nouvelle du dehors. A un appel de sonnette on plaçait les plats et tout ce qu'il était nécessaire sur un monte-charge qui s'élevait jusqu'à la salle à manger et redescendait aussitôt. Ce jour-là, on entendit la sonnette plus tôt que d'habitude. Vers neuf heures, tout le travail était terminé. Maître Sedagne ordonna à Gaspard d'astiquer les cuivres, puis il sortit et ferma la porte à clef. Gaspard entreprit machinalement son astiquage. Peu de temps après, les mouvements du navire s'apaisèrent, puis ils céssèrent tout-à-fait. Enfin les machines stoppèrent. Gaspard entendit le bruit de la chaine d'ancre qui se dévidait dans l'écubier. Après quoi ce fut un silence total. Gaspard se leva et chancela. Habitué maintenant au roulis et au tangage, il éprouvait un vertige sur le plancher parfaitement ferme entre les cloisons immobiles. Gaspard alla ouvrir son hublot...

.............................................................................   à suivre ...

 

 

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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 21:56





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... - Je ne nage presque pas, observa Gaspard.
... - Je te passerai une ceinture de sauvetage.
... - Pourquoi est-ce que j'irais sur la plage?...
... - Tu ne resteras pas sur la plage. Tu chercheras une maison qui a deux étages et qui a deux ailes. Je le sais, parce que j'ai entendu que Parpoil exigeait qu'on me loge au deuxième étage et pas dans une des ailes. Il prend les précautions les plus inutiles. Devant la maison, il y a une grande grille. Elle est au commencement de la plage, lorsqu'on vient du port.
... - Entendu, dit Gaspard. Après?...
... - Après tu m'apporteras une corde.
... - Tu ne peux pas l'emporter dans ta valise?...
... - On fouille toujours mes bagages, dit Hélène.
... - Comment te passer la corde si tu es au deuxième étage?...
... - Je te donnerai une balle avec un fil attaché après. Tu me lanceras la balle par)dessus la grille. Quand je l'aurai, tu noueras le fil à la corde et je tirerai.
... - Non, dit soudain Gaspard.
... - Tu ne veux pas?
... - Je ne veux pas.
... Gaspard songeait que dès qu'il se mêlait de quelque affaire, il ne manquait pas de se produire une catastrophe. Il ne savait comment expliquer cela à Hélène.
... - Ne peux-tu pas attendre? dit-il. Deux ans aux Bermudes, qu'est-ce que c'est? Tu connaîtras un pays nouveau, tu continueras tes études. Et quand tu reviendras, tu pourras plus facilement chercher ta famille et l'aider, puisque tu dis qu'elle est pauvre.
... - Je voudrais être avec eux, maintenant. Je voudrais travailler avec eux.
... - Tu ne seras pas heureuse, dit Gaspard. Personne ne sera heureux.
... - J'aime encore mieux travailler du matin au soir que de rester chez les Smithson ou chez M. Drapeur.
... Hélène répondait à Gaspard sans manifester aucun mécontentement, mais le ton de sa voix marquait qu'elle était résolue à ignorer Gaspard, si celui-ci refusait de la comprendre...

.......................................................................  à suivre  ...





 
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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 21:50



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... Parpoil était d'avis qu'il fallait remettre le garçon à la police dès qu'ils arriveraient à destination. Il voulait se débarrasser de lui et il envisageait aussi bien de l'abandonner sur le port. M. Drapeur s'était opposé à ces projets. Il désirait rechercher la famille de Gaspard; jusqu'alors personne n'avait pris la peine de l'interroger sérieusement. On savait seulement qu'il s'appelait Gaspard et l'on attendait de lui aucun renseignement supplémentaire. On le prenait pour un de ces voyous abandonnés qui rôdent dans les bas quartiers des grandes villes. Mais M. Drapeur prétendait lui prêter assistance, dès qu'il le pourrait.
... - Vous avez déjà su mettre Hélène en confiance, n'est-ce-pas? répondit aigrement Parpoil. Vous vous ferez rouler aussi par ce jeune apache.
... - Il me semble avoir déjà vu ce garçon avant qu'il vienne sur le Beaumont, disait M. Drapeur. Je comprends mal les choses, certainement.
... Il était attristé de laisser Hélène aux Bermudes. Bien que Parpoil l'assurât qu'il ne lui serait pas difficile de venir la voir plusieurs fois dans l'année en prenant l'avion, M. Drapeur regrettait de se séparer d'Hélène.
... - Si je réussissais à revenir en Belgique, dit Hélène à Gaspard, et si M. Drapeur s'occupait de toi, nous pourrions nous débrouiller ensemble et rechercher ma vraie famille et mon pays.
... A ce moment un roulement de tonnerre lointain se fit entendre. A l'horizon s'étendait une vaste nuée, et de lointains éclairs jaunes la sillonnaient, tandis qu'au-dessus de la nuée les étoiles toutes blanches brillaient d'un feu intense.
... - Quand il y a un orage, je crois toujours qu'il va se passer quelque chose, dit Gaspard.
... - C'est ce que je veux, qu'il se passe quelque chose, dit Hélène.
... La mer était absolument calme, toute noire et bleue. On n'entendait que l'eau brassée par l'hélice, tandis que les machines grondaient doucement.. Le navire traversait une zone de calme en bordure d'un orage. Rien ne devait arriver cette nuit-là.
... Enfin Hélène dit:
... - On arrive après-demain jeudi, dans la matinée. A midi je vais chez les Smithson. M. Drapeur reste avec moi chez les Smithson, mais il repart le samedi dans la matinée.
... Gaspard ne savait plus quel jour on était; Quand Hélène précisa que le samedi serait le 20 Juillet, il éprouva une vive satisfaction de l'apprendre, quoique cela n'eût aucune importance.
... - Alors écoute-moi bien, dit Hélène. Toi, tu seras probablement enfermé dans ta cambuse. Mais la nuit tu peux sortir par le hublot et nager jusqu'aux quais du port ou jusqu'à la plage. Je ne sais pas à quel endroit le navire mouillera...

............................................................................  à suivre  ...


 
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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 22:51



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... Gaspard ne pouvait distinguer dans l'ombre le visage d'Hélène, mais il croyait voir ses yeux animés de leur cruelle flamme. Elle ralluma la lampe, et ouvrit encore le livre. Deux autres mots écrits en haut d'une page: " Tu viendras... " Gaspard épela à mi-voix les deux mots. Hélène les répéta après lui.
... - J'ai l'idée que c'est un pays très pauvre, je ne sais pourquoi, malgré sa beauté et que mes parents sont pauvres, dit Hélène. Toute ma vie est là-bas, et je veux vivre avec Maman Jenny.
... Gaspard essayait de se représenter la contrée qu'Hélène désitait retrouver. Il y avait des pommiers et une terre noire. Peut-être fallait-il d'abord chercher la terre noire. Hélène dit:
... - Si je retrouvais l'endroit, je crois que je le reconnaîtrais tout d'un coup.
... - Quand j'étais à Lominval, dit Gaspard, je ne savais pas qu'il y avait tant de choses dans le monde. Si tu parcours la forêt des Ardennes, tu ne trouves pas une forêt, mais mille forêts. J'ai rencontré un cheval pie...
... Il conta l'aventure du cheval pie, l'étrange accueil du coiffeur , parla de Théodule et de Niklaas et des enfants de Niklaas.
... - Je voudrais le connaître, dit Hélène. Il y a tant de choses et tant de choses à connaître. Promets-moi que tu m'aideras.
... - Il faut réfléchir, dit Gaspard. Je dois regagner mon réduit avant qu'on vienne ouvrir ma porte.
... - Nous nous reverrons demain, dit Hélène.
... Elle aida Gaspard à se glisser dans le hublot. Il y parvint non sans difficultés.
... Pendant la journée qui suivit, Gaspard somnola en lavant la vaisselle, et le soir il s'endormit aussitôt au fond de son réduit. Il fut réveillé par le bruit d'un objet qui frappait son hublot. Hélène avait attaché une clef au bout d'une ficelle et la balançait contre le hublot. IL se leva, desserra les écrous, et quelques minutes plus tard, il se retrouvait avec Hélène. Ils montèrent l'échelle et allèrent s'adosser à la grille de la cheminée.
... - Il est minuit au moins? demanda Gaspard.
... - Deux heures du matin, dit Hélène. Je t'attendais depuis minuit. J'ai surpris une conversation entre Parpoil et M. Drapeur. D'abord, ils ont parlé de toi...

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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 22:20



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... C'était un livre d'images comme on en donne aux très jeunes enfants. Quelques phrases imprimés en gros caractères. Un conte de Grimm avec un géant et un tailleur. Rien de particulier dans ces images. Entre les pages étaient serrées des plantes et des feuilles séchées qui semblaient très anciennes. Hélène montra à Gaspard un chaton de bouleau, une renoncule, une longue foliole de palmier et une petite algue.
... - C'est impossible, dit Gaspard.
... - Il y autre chose encore, dut Hélène.
... Sur la page de titre, Gaspard vit de grosses lettres malhabiles, un peu effacées. il lut ces mots: " Maman Jenny au grand pays... "
.. - Qui était Maman Jenny? Si c'était la mienne, pourquoi m'a-t-elle quittée? Je croyais revoir un visage avec des grands cheveux blonds. Je n'étais pas sûre, mais j'étais certaine qu'il y avait un pays qui était mon pays et qu'on appelait le grand pays.
... - C'est de la folie de chercher ce pays, dit Hélène, mais je ne peux pas m'empêcher.
... - Tu n'as pas questionné M. Drapeur?...
... - J'ai caché le livre. Je ne lui ai jamais dit que j'avais retrouvé le livre. Quand j'ai questionné M. Drapeur, il a haussé les épaules. Il ne savait pas qui était Mamam Jenny. Il m'a dit qu'il ne savait pas. Je lui ai parlé d'un grand pays. Il m'a répondu que je rêvais. Alors je me suis décidée à quitter la maison. 
... - Comment voulais-tu chercher, puisque tu ne savais rien?
... - D'abord en Belgique. Regarde sur l'autre page, il y a les mêmes mots écrits en flamand.
... - Ce n'est pas une raison, dit Gaspard. Jenny, ce n'est pas un nom flamand.
... - Pas une raison, convint Hélène. mais je pouvais commencer à chercher en Belgique. je me suis sauvée. J'ai pensé d'abord à la mer et je suis allée le long de la mer de puis Ostende jusqu'à Malo-les-Bains. On m'a rattrapée à la frontière. La deuxième fois que je suis partie, j'ai voulu visiter la forêt. Je suis arrivée par hasard à Lominval... 
... - Près de la mer, il n'y a pas de forêts de bouleaux et de chênes, et dans la forêt... A moins que ce soit la Meuse qui ressemble à la mer. Mais tu n'y trouveras pas un palmier...
... - Je suis sûre qu'il y avait de grands palmiers et la mer. J'ai maudit cette mer et ces palmiers, parce que cela n'avait pas de sens, et pourtant c'est vrai...


......................................................................................  à suivre  ...

 
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Published by alain leclef - dans cinéma
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  • : Le blog de Alain LECLEF
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  • : Ce blog est destiné à présenter un court-métrage cinéma autour d'Arthur Rimbaud et de Nina... Voilà donc une approche par divers poèmes, d'Arthur bien-sûr... mais aussi d'autres poètes proches de lui... comme Emile Nelligan... de Léo Ferré pour sa musique et ses mots... ainsi que divers articles, images et extraits musicaux... Une balade aussi bien-sûr en Abyssinie... pour essayer de comprendre... Merci aux futurs lecteurs...
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