Le blog de Alain LECLEF




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... Gaspard resta debout dix heures ce jour-là, et douze heures les jours suivants. le roulis l'obligeait à des gymnastiques épuisantes. Lorsqu'il ne pouvait se coincer entre un réchaud et un buffet, il était obligé sans cesse de s'accrocher ici et là. Le cuisinier, pour sa part, ignorait le mouvement du bateau et se moquait de Gaspard qui se versait de l'eau bouillante sur les pieds. On avait donné à Gaspard de vieilles chaussures qui ne le protégeait nullement contre les brûlures dont il dut supporter la douleur sans souffler mot. Le soir on lui assigna, pour passer la nuit, un réduit dans l'entrepont comme la cuisine, et où l'on rangeait les fauberts et les brosses. On le mena le long d'une coursive, on le jeta dans ce réduit et on l'enferma à clef. Dans l'obscurité il trouva simplement un vieux sac pour appuyer sa tête.
... Le premier soir, il eut beaucoup de peine à s'endormir. Il avait compté qu'il serait vu du jeune Drapeur et accablé de son mépris.. Il tait simplement condamné à passer des jours comme prisonnier, sans même avoir aucune nouvelle de l'enfant. Il voulut regarder par son hublot, mais le verre était brouillé et les écrous bloqués de telle façon que ce hublot ne pouvait s'ouvrir. Gaspard colla son oreille à la tôle qui formait la coque ( car dans ce coin il n'y avait aucun lambris ), et il chercha à surprendre les bruits de dehors.
... Il entendit seulement les coups sourds des vagues et de longs clapotements qui couraient sur les flancs du navire. Il tenta d'imaginer l'étendue écumante sous les étoiles de la nuit. Uù se dirigeait le navire?... Si c'était vers le Sud, il devait déjà avoir traversé le Pas-de-Calais. Gaspard se rappelait ses leçons de géographie et revoyait nettement les mers avec leurs noms écrits sur le bleu. Mais il ne se rendait aucun compte des distances ni de la vitesse du yacht. 
... Le lendemain matin, un marin vint lui ouvrir la porte, dès l'aube, et le poussa devant lui jusqu'à la cuisine. La cuisine était presque à l'extrémité de la coursive. Gaspard ne voyait que l'escalier qui menait au pont supérieur. Sans se soucier de ce qui adviendrait, il s'élança dans l'escalier et en trois bonds il parvint au grand jour. L'avant du navire montait et plongeait vers un horizon infini. Ce matin, les vagues étaient d'un bleu tendre, énormes et profondes, mais il n'y avait pas d'écume. Le soleil éclairait cette immensité qui ressemblait aux forêts lorsqu'on les voit d'une hauteur. Ce fut dans un éclair que Gaspard entrevit cette mer incomparable. Aussitôt, le marin l'avait rattrapé par un pied et lui faisait dégringoler l'escalier sur le ventre et à reculons.
... Gaspard n'avait pour spectacle que les fourneaux et les casseroles. Les hublots de la cuisine éclairaient une grande table où Maître Sedagne s'occupait à son art et composait ses plats.
... - Tu veux voir la mer? Est-ce que je regarde la mer, moi? disait Maître Sedagne. Quand tu auras appris à travailler, tu n'auras plus envie de voir la mer...


.............................................................................  à suivre ...

 


 
Dim 22 nov 2009 1 commentaire
La mer quel univers
covix - le 23/11/2009 à 22h57