Le blog de Alain LECLEF





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...     6° Chapitre :
                                             UNE ETRANGE CROISIERE...



... Il n'y a rien de plus doux que la rumeur des machines lorsqu'un bateau quitte lentement le port pour gagner la mer. Seul le bruit de la chaîne d'ancre aurait pu réveiller Gaspard. Mais il ne s'éveilla point, et lorsque la proue fendit les eaux du fleuve, le froissement de l'écume s'unit à la voix profonde du bateau pour faire une chanson paisible et continue qui pouvait donner libre cours aux plus beaux rêves. De temps à autre le gargouillement métallique de la barre se faisait entendre. Le Beaumont passa devant Lillo, et gagna les eaux hollandaises. Il avait appareillé à cinq heures. Vers le milieu de la matinée il doublait Vlissingen et comme il entrait dans la mer du Nord, la houle l'attaqua de flanc et il se mit à rouler.
... Gaspard voyait dans son rêve une ville qui dominait des eaux immenses. De larges avenues s'ouvraient sur des quais inondés de lumière. De hautes maisons bordaient les avenues. Ces maisons furent soudain renversées en arrière, après quoi elles revinrent sur leurs bases et se penchèrent vers l'avant. Gaspard remarquait surtout une maison à quarante étages au sommet de laquelle une jeune fille se promenait avec une ombrelle. A chaque oscillation de la bâtisse, la jeune fille manquait de tomber. Soudain il y eut un mouvement plus brutal, et toutes les pierres se disjoignirent. La jeune fille disparut au milieu des pierres qui roulèrent dans les avenues et formèrent une sorte de montagne mouvante qui allait s'écrouler sur Gaspard quand il ouvrit les yeux.
... Il constata que son propre corps roulait au fond de la barque, et il entendit une longue barre d'écume se briser contre le flanc du yacht. L'autre jour, un cheval l'emportait à travers les bois; aujourd'hui, c'était un navire qui l'entraînait sur la mer. A quoi bon s'étonner? Tout irait de mal en pis indéfiniment...
... Gaspard n'osait faire un geste. Il songea aux jardins fermés de Lominval où il venait écouter dans la paix du soir des bribes de conversation. Alors il s'amusait à surprendre des mots et un soir quelqu'un avait parlé de la mer. Suffisait-il qu'il eût entendu ce mot pour être précipité malgré lui vers la mer? Il se souvint des événements de la nuit et convint qu'il avait été un sot, qu'il aurait dû se jeter à l'eau et rejoindre Niklaas, quand celui-ci l'avait appelé. Mais il était monté sur le yacht, égaré par la peur. Un démon le possédait sans doute. Enfin Gaspard se dit qu'il n'avait jamais vu la mer et, de nouveau, il se sentit envahi par une grande paix. Il s'était accroupi au fond de son canot. Après avoir murmuré une courte prière sous la toile qui pour l'instant lui servait de ciel, il dénoua la cordelette avec précaution et souleva la toile afin de regarder la mer...

..........................................................................  à suivre  ....

 
 
Jeu 19 nov 2009 1 commentaire
Belle sensation d'un rêve décrite, et voila Gaspard en passager clandestin!
covix - le 23/11/2009 à 22h47