Mercredi 25 novembre 2009
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... - Un bien mauvais artiste, dit M. Drapeur. Comment Hélène est venue chez moi, cela importe peu. Je ne peux pas songer qu'un jour je serai séparé d'elle. Du moins pas avant que j'aie réussi à
faire d'elle une chanteuse hors de pair. Elle a des dons peu ordinaires. Vous ne me comprenez guère, Jacques Parpoil. Je ne crois nullement qu'elle ait du génie. Bien loin de là. Je voudrais
qu'elle soit la plus simple des merveilles, et je désire lui donner un nom dans le monde. Mon grand ennui sans doute, c'est de ne pas avoir eu d'enfants et d'être resté veuf. il m'est difficile
de comprendre Hélène.
... - Voilà pourquoi vous avez besoin qu'on vous ramène sur terre de temps à autre, disait Jacques Parpoil. Qu'elle soit une future vedette, cela ne me regarde pas. Je me contente de savoir que
vous tenez à la garder, comme si vous étiez son père, et je suis sûr que c'est une fille obstinée et sans pitié. Puisqu'elle s'est mise en tête de chercher une famille qui n'existe sans doute pas
et un pays tout aussi imaginaire, il faut d'une manière ou d'une autre la débarrasser de ces folles idées.
... - Peut-être ai-je tort, disait M. Drapeur. Elle passera donc un an ou deux aux Bermudes, si cela est nécessaire. Mais quand je la vois, je me sens coupable.
... - Eh bien, conduisez-la dans son pays, et qu'on n'en parle plus.
... - Son pays, je ne le connais pas moi-même, et je ne vois pas de quel pays elle veut parler. Sa famille, en admettant qu'elle existe encore, l'a oubliée de puis longtemps. Où serait sa
famille?...
... - Vous ne connaîtriez même pas l'origine d'Hélène? Cela est bien invraisemblable, dit Jacques Parpoil sur un ton provocant.
... - Je ne veux pas qu'il soit question de son origine, trancha M. Drapeur d'une voix ferme.
... - C'est toujours ainsi, il faut suivre vos caprices et vous ne savez pas ce que vous voulez.
... M. Drapeur avait soudain fait volte-face et s'était éloigné, plantant là son secrétaire, qui bientôt, s'éloigna à son tour en sifflotant avec insouciance, comme s'il avait l'assurance de
mener toujours son maître par le nez, et comme s'il était satisfait de l'avoir mis hors de lui. Quand les deux hommes furent partis, Gaspard regarda longuement la mer et les étoiles qui
redevenaient de plus en plus vives. Ainsi le yacht allait vers les Bermudes. Gaspard répéta plusieurs fois ce nom, puis il referma le hublot. Il resserra les écrous avant de s'endormir.
... Le lendemain soir, il eut encore la chance de surprendre l'entretien des deux hommes. Cette fois ils devisaient en faisant le tour du pont et Gaspard attrapait des bribes lorsqu'ils passaient
à bâbord au-dessus de son hublot. D'abord quelques paroles de M. Drapeur.
... - Pourquoi ai-je voulu être armateur, et pas seulement diamantaire? Je ne pourrai même pas demeurer trois jours aux Bermudes. J'ai des affaires qui m'attendent... Quand on acquiert une
fortune, c'est l'enfant qui s'amuse en nous. On construit de vraies maisons. On possède des bateaux, mais on regrette d'autres merveilles comme les enfants... A soixante ans je ne peux pas
oublier, que je désirais devenir un vrai musicien. Je voudrais donner à Hélène l'avenir que je n'ai pas eu... Hélène a d'autres idées qui m'échappent...
... Quand à Jacques Parpoil, ses paroles gardaient un caractère pratique:
... - Hélène fera un excellent séjour chez les Smithson... Deux ans dans une île, voilà de quoi la rendre sage... Elle aura un superbe appartement au deuxième étage de la maison... Des gens
simples, les Smithson: vie régulière, le tennis, le bain, le cinéma, une réception par semaine... Je pense qu'Hélène est surtout douée pour faire du cinéma. Chanteuse si vous voulez, mais
comédienne avant tout...
... Gaspard regrettait de se trouver dans une situation si pitoyable qu'il ne pouvait prétendre parler à Hélène. Mais un soir...
............................................................................. à suivre ....

Par alain leclef
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Publié dans : cinéma
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