Mercredi 11 novembre 2009
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... Gaspard demeura quelque temps sans dormir. Il entendait les bateaux passer sur le fleuve. C'étaient des péniches dont les moteurs grondaient doucement. Il y eut aussi de grands bateaux et des
vedettes. Ce trafic nocturne sur l'eau calme et sombre avait une allure mystérieuse, comme si certains équipages ne pouvaient accomplir leur travail que dans le secret de l'obscurité. Gaspard
passa la tête dans le hublot. Il vit les fanaux de l'autre rive, et, juste derrière la pointe de la plage, la grande tour de la cathédrale illuminée par des projecteurs, sous les étoiles. Après
avoir contemplé ce spectacle, il se fourra au fond des couvertures et s'endormit.
... La nuit n'était pas très avancée, lorsque Gaspard fut réveillé par les cris de Jérome:
... - C'est lui, je vous jure que c'est lui.
... - Dors, disait Ludovic. Gaspard, ne t'inquiète pas. Cela lui arrive souvent.
... - L'homme à barbe rousse est contre le bateau, je le jure, disait Jérome.
... - Je t'expliquerai demain, dit Ludovic à Gaspard. Il a peur d'un certain homme, mais c'est un prétexte comme un autre. Il a toujours peur la nuit.
... - Il est malheureux, dit Gaspard.
... - Dors, Jérome, dit Ludovic, ou bien je vais me fâcher et Niklaas nous flanquera une volée.
... Jérome se tut. Il claqua des dents pendant quelques minutes, puis de nouveau succomba au sommeil. Gaspard écouta un moment les bruits du fleuve et il regarda encore par le hublot.
L'illumination de la cathédrale était éteinte. Il ne restait qu'une immense lueur diffuse dans le ciel au-dessus de la ville. Alors un bruit de moteur s'éleva vers l'extrémité de la plage, et un
beau petit bateau apparut. Son phare balayait l'eau. Derrière lui des flots d'écume se déroulaient dans les ténèbres. Il y avait à l'avant une cabine vitrée où se tenait le pilote. Gaspard
aperçut le visage du pilote éclairé par une lampe de bord. C'était un homme à barbe rousse. La vedette disparut rapidement. Gaspard ne restait plus tellement sûr que la barbe de l'homme était
rousse, et quand bien même elle l'eût été, il n'y avait pas de quoi trembler. Mais il resta longtemps dominé par un effroi qu'il ne s'expliquait pas. Le lendemain matin il se garda de faire
allusion à l'homme qu'il avait aperçu.
... Niklaas et ses fils jouaient leur musique sur la plage, et, le matin, ils ne faisaient rien d'autre que répéter leurs morceaux à loisir. Parfois ils allaient en courses, ou encore ils
prenaient soin du bateau. Ce jour-là ils avaient entrepris de laver le pot. Gaspard les aida. La matinée était claire et joyeuse. Des paquebots blancs ou noirs sortaient des bassins et prenaient
la direction du large.
... Niklaas avait décidé que Gaspard pouvait rester avec eux, tout au moins pendant le temps qu'il chercherait son ami d'Anvers. Gaspard serait chargé du ménage et de la cuisine, et on lui
apprendrait la musique, s'il le désirait. Il assisterait aux concerts afin de se faire l'oreille. Gaspard, ne sachant en réalité que faire de son corps, accepta cette solution provisoire...
... Comme ils nettoyaient le pont, Gaspard demanda:
... - Cet homme à barbe rousse, où l'avez-vous rencontré?...
... Ludovic, qui venait de se payer une colère parce que sa brosse se démanchait, saisit l'occasion de faire oublier sa conduite et conta l'affaire à Gaspard:
... - Nous étions en train de jouer devant un café, dit Ludovic. Il y avait cet homme à barbe rousse attablé près de nous. Il s'est levé brusquement et il a prétendu que la musique l'agaçait.
Jérome a jeté son piston et s'est sauvé. Moi j'ai injurié l'homme, puis mon père m'a giflé.
... Le jour suivant, le hasard avait voulu que l'homme vînt à passer près d'eux alors qu'ils jouaient pour des touristes devant une des maisonnettes de la plage. L'homme avait regardé Jérome dans
l'intention de l'effrayer, et lui avait dit: " Cette nuit j'irai te serrer la gorge, musicien de malheur ".
... Gaspard se mit à rire, mais son rire l'étrangla.
... - Cet après-midi nous irons sur la terrasse du café Mondial, mes enfants, dit alors Niklaas.
... C'était une terrasse à laquelle on accédait par un petit escalier. Les tables des consommateurs étaient dressées autour de l'escalier, ainsi que sur la terrasse au fond de laquelle s'ouvrait
la salle du café pour les jours de pluie. Tout autour s'alignaient des plantes vertes dans des potiches posées sur les piliers de ciment. Gaspard se tint auprès des musiciens, et il s'adossa
contre un pilier pour se donner une contenance. Ses amis n'avaient pas joué pendant dix minutes que Gaspard fit basculer la potiche placée sur le pilier. La potiche alla s'écraser au fond d'une
petite ruelle.
... - Le mal n'est pas grand, nous le réparerons, dit Niklaas.
... Presque aussitôt, de l'escalier on vit surgir l'homme à barbe rousse qui se mit à invectiver les musiciens par-dessus la tête des consommateurs. Il devait être ivre:
... - J'ai reçu cette potiche sur le bout des pieds. Ils ont voulu me tuer certainement. N'y-a-t-il pas dans ce café un gérant qui soit responsable?...
... Le gérant se présenta, calma l'homme qui s'en fut, non sans menacer Niklaas Cramer et ses fils de les faire chasser par la police.
... On avait eu beaucoup de mal à empêcher Jérome épouvanté de sauter dans la ruelle. Enfin, tout s'apaisa. Le gérant pria les musiciens de continuer leur concert. Sans aucun doute Niklaas et ses
fils jouaient excellemment, malgré la composition étrange de leur orchestre: un piston, une trompette et un accordéon. Le soir, lorsqu'ils revinrent au bateau, Gaspard put leur déclarer:
... - Je connais cet homme à la barbe rousse. Il se nomme Jacques Parpoil. Cette nuit, je l'ai vu qui pilotait un bateau, mais je ne l'avais pas reconnu.
... Tandis qu'ils prenaient un dîner sommaire, assis sur le pont du rafiot, Gaspard conta l'histoire de l'enfant perdu...
........................................................................ à suivre ....
Par alain leclef
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Publié dans : cinéma
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