Mercredi 14 octobre 2009
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...- Ce n'est pas trop tôt pour cueillir les girolles, insistait Gabrielle. Tu ne sais pas trouver les bons endroits. Cette année, comme le temps est beau, il faut choisir les lieux très humides.
Tu y retourneras demain.
... Gaspard songea que, en fait d'originalité, sa tante en détenait une bonne part. Il lui donna raison néanmoins et retourna dans les bois. A tout hasard, il se rendit en un lieu où la route qui
descend de Lominval vers la Meuse lointaine fait deux longues courbes pour franchir le ravin au milieu de la forêt. Elle est bordée d'un talus très abrupt que recouvrent des herbes verdoyantes.
Gaspard eut la surprise de découvrir des girolles dans un creux, et, en les cueillant, il se fit la réflexion qu'il serait possible de poursuivre le cheval et de l'acculer à la limite d'un de ces
talus qui tombaient sur la route. Il s'en emparerait et si personne ne venait réclamer le cheval, si Gabrielle Berlicaut n'y voyait pas d'inconvénient, Gaspard en deviendrait le légitime
propriétaire. Bien qu'il considérât qu'un tel projet demeurait assez chimérique, le lendemain Gaspard se munit d'un licou, et, après avoir fait, contre toute attente, une nouvelle récolte de
champignons, il se mit en quête.
... Le cheval pie circulait toujours dans la même région du bois. Des gens de Lominval l'avaient aussi aperçu, mais ils ne s'y intéressaient nullement. Un cheval de romanichels, disaient-ils sans
penser plus loin. Pour Gaspard, il y avait autre chose qu'il n'aurait su expliquer. Il était séduit par une beauté singulière qu'il voyait se dessiner aux flancs ardents de la bête. Ce jour-là,
il n'avait pas fait deux cents pas dans une allée que le cheval vint au-devant de lui, puis aussitôt fit demi-tour. Gaspard suivit sa trace et, après un jeu de cache-cache autour d'un taillis
serré, il fut étonné de parvenir à une prairie très exiguë dont la bordure descend brusquement sur la route. Le cheval paissait au milieu de la prairie.
... Gaspard s'avança avec une lenteur calculée. le cheval continuait à paître en se déplaçant de telle façon que peu à peu il arriva à la limite du talus abrupt qui dominait la route d'une
dizaine de mètres. La manoeuvre de Gaspard prenait donc excellente tournure et sa chance était encore favorisée du fait que l'animal se trouvait entre deux hauts buissons d'épines. Un peu en
avant du buisson de droite il y avait un genévrier. Il suffisait à Gaspard de faire encore quelques pas et il toucherait la bête. La situation se révélait si conforme à l'espoir qu'il avait formé
que Gaspard demeura de longs instants sans oser bouger. Enfin il se décida à parler d'une voix douce. Le cheval leva la tête pour l'écouter. Ses flancs se soulevaient avec calme. C'était comme
s'il s'avouait déjà conquis par la patience du garçon.
... Gaspard approcha. Il tendit une main pour flatter l'épaule de la bête, tandis que de l'autre main il saisissait le licou dans sa blouse. Ce fut à ce moment que le cheval pie montra vraiment
ce qu'il savait faire. Sans qu'aucun signe l'ait annoncé, il se détendit, sauta par-dessus le genévrier et se perdit aussitôt dans les bois, prenant le chemin même par où Gaspard était venu.
........................................................................ à suivre ...
Par alain leclef
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Publié dans : cinéma
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