Partager l'article ! Le pays... suite...: .../... ... Suite donc de " l'enfant perdu "...   ...
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... Suite donc de " l'enfant perdu "...
... Gaspard écoutait comme s'il s'était agi de sa propre vie. Les hommes se turent. Gaspard se tenait immobile à côté du palmier qui s'élève du grand cache-pot de cuivre. Il répétait à part lui : " Quel pays?... ".
... Les paroles qu'il avait entendues étaient tout à fait contradictoires. Certainement, elles ne pouvaient concerner que cet enfant qu'il avait vu, hagard et magnifique. Comment expliquer qu'il avait quitté son père pour rejoindre sa famille? Peut-être que sa mère, pour quelque raison, avait dû s'éloigner de la maison?... Mais qu'il prétende en outre chercher son pays, cela n'avait pas de sens. Sur le signe du premier homme, Gaspard alla quérir le café. L'autre demanda un tilleul.
... - C'est bien ce que je ne m'explique pas, disait justement le marchand d'engrais, buveur de tilleul. Comment peut-il chercher un pays?...
... - Des idées d'enfant, dit l'autre.
... - On croit toujours que les enfants n'ont pas d'idées, concluait le premier.
... Gaspard n'apprit rien d'autre. Il tenta vainement d'entrer en conversation avec Fernande et avec le commis. Ils avaient le mot, et lui répondirent à peine. D'ailleurs Gaspard ne savait pas poser des questions. Quand il monta l'escalier pour gagner sa chambre, Gabrielle se dressa devant lui sur le palier du deuxième étage.
... - Ce soir, tu couches dans la salle de bains. Fernande t'a dressé un lit.
... - Pourquoi?...
... Jamais sans doute il n'avait encore prononcé ce mot.
... - J'ai dit, trancha la tante.
... Gaspard gagna la salle de bains, se déshabilla, et se glissa entre les draps après avoir éteint l'électricité. Mais il ne put s'endormir. Après s'être retourné vingt fois sur le lit de camp, il se leva, enfila son pantalon et rouvrit doucement la porte.
... Gaspard n'avait d'autre raison de vivre, comme nous le savons, que d'écouter de loin ce qui se passait alentour dans le monde. L'hôtel était plongé dans l'obscurité. D'abord, Gaspard n'entendit que le vent léger qui soufflait dans les arbres et faisait grincer la girouette du pigeonnier. Puis un murmure de voix lui parvint. Il s'avança vers l'escalier et il reconnut que les voix venaient du rez-de-chaussée. Il descendit les marches une à une. Quand il fut arrivé à la pomme de la rampe, il aperçut une lumière filtrant par la porte entrouverte de la cuisine. C'était Fernande qui bavardait avec le cuisinier.
... - Moi je les ai vu arriver, disait le cuisinier. Ils menaient cet enfant comme si ç'avait été un malfaiteur.
... - Mais alors, répondit la servante, vous avez pu constater qu'il portait de beaux habits et qu'il appartient à une bonne famille. Je vous le répète pour la dixième fois, le père a exigé qu'on l'enferme à double tour et qu'on monte la garde pour qu'il ne s'échappe pas. M. Berrèque a téléphoné vous pensez bien, et le père lui a répondu cela. Ce serait un beau résultat s'il ne trouvait pas cet enfant demain matin quand il viendra entre six heures et sept heures comme il a dit. Melle Berlicaut me l'a bien seriné: " Si jamais vous entendez un bruit dans la maison, courez et faites-moi d'abord le plaisir de veiller jusqu'à minuit. " Voilà ce qu'elle m'a dit et elle m'a tout expliqué...
... Une marche craqua sous les pieds de Gaspard.
.................................................................................. à suivre ...