Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 21:56



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... Niklaas, constatant que les garçons avaient abandonné l'endroit, revenait vers le lieu du pique-nique. Il cria:
... - Il n'y a pas plus de cheval que...
... Il eut le souffle coupé quand il aperçut l'ours, qui s'était assis de nouveau et considérait les garçons frappés de stupeur.
... - Eh bien! s'exclama Niklaas.
... Pourquoi il s'exclama ainsi, lui-même ne le savait pas. La voix de Niklaas était grave et profonde. Lorsque l'ours l'entendit, il se dressa soudain, puis, faisant volte-face, il s'élança dans le coffre de la camionnette. Aussitôt Théodule se précipita pour fermer les battants. Ludovic, Gaspard et Jérôme vinrent l'aider à assurer la barre de fer et à placer la goupille. Ces gestes, si simples d'habitude, se révélèrent assez compliqués car les garçons tremblaient de tous leurs membres.
... Aussitôt, ils s'affalèrent dans l'herbe et respirèrent profondément. Ils regardaient avec une joie immense la vallée profonde et les eaux de la Meuse. Ils ne songeaient même pas à écouter Niklaas qui leur posait des questions.
... Lorsqu'ils eurent repris tout à fait leur sang-froid, ils eurent néanmoins beaucoup de mal à s'expliquer. Ludovic avait cru remarquer un léger collier de métal autour du cou de l'ours, mais ce n'est pas l'usage de mettre un collier aux ours, et maintenant il n'osait plus rien affirmer. Il n'y avait pas de doute néanmoins que ce fût un animal échappé d'une ménagerie, comme il arrive de temps à autre. Théodule se montra le plus fertile en commentaires. Il avait, dans l'aventure, recouvré tout-à-fait l'ouïe, et il se plaisait à entendre les inflexions de sa propre voix.
... - Le Seigneur veille, dit Niklaas en souriant. Jérôme sera devenu un héros magnanime et Ludovic le plus paisible des enfants de toute la Belgique. Quant à Théodule, il entendra bientôt le bruit de la mer qui est à cinquante lieues.
... - Tout cela est bien beau, dit Gaspard. Mais que ferons-nous de cet ours?...
... Que faire de cet ours? Comment éviter les ennuis que promettait la possession d'un tel fauve?...
... - Niklaas, dit Gaspard, tu prétendais que je devais provoquer encore une fichue histoire. Eh bien! vous devez être tous contents, mais si vous croyez que l'affaire va finir ici...
... - Voyons, dit Niklaas, nous nous en sortirons facilement.
... - Qu'est-ce qu'on va faire de cet ours? insistait Gaspard. Le rapporterez-vous au commissariat? Allez-vous mettre une annonce dans les journaux? En attendant que vous preniez une décision, il aura cent fois le temps de défoncer la camionnette et d'égorger le premier venu.
... La situation était beaucoup moins agréable qu'on n'avait cru. Les parois de la camionnette ne semblaient pas, en effet, d'une solidité à toute épreuve.
... Gaspard proposait de courir chercher du renfort. Deux ou trois chasseurs avec leurs fusils pourraient venir avec eux, et l'on préviendrait ainsi tout accident, si l'on voulait transporter l'ours et aller l'enfermer en lieu sûr.
... Niklaas objecta que la bête pouvait à tout instant défoncer les panneaux et se lancer à leur poursuite. Il valait mieux sauter sur la camionnette, et la mettre en route. Si l'ours s'échappait, on aurait l'avantage de faire du quatre-vingts à l'heure. Ainsi fut-il décidé, et, si tout allait bien on fourrerait l'animal dans le garage de la ferme.
... Niklaas, avec Jérôme et Théodule, s'entassèrent sur la banquette. Gaspard et Ludovic se tinrent sur les ailes et l'on s'en alla cahin-caha. Niklaas, qui conduisait la voiture, avança avec prudence. Le voyage fut sans incident. Sans doute, fidèle à une ancienne domesticité, l'ours ne trouvait rien que de normal à la prison où il s'était lui-même précipité en entendant la voix de Niklaas. On parvint à la ferme deux heures plus tard. La voiture fut menée dans le garage et quand on eut rabattu le rideau de fer il ne resta plus qu'à pousser des cris de joie, ce dont on se dispensa néanmoins...
... Eh bien, dit Niklaas, tu vois que rien ne nous est arrivé et que nous sommes tranquilles maintenant. Ma plaisanterie était sans conséquence, et nous nous séparerons demain comme il était convenu. l'ours nous aura simplement montré qu'il ne faut pas voir partout des monstres et des malheurs et que chacun de nous doit retourner maintenant à ses occupations avec la joie de respirer l'air d'ici-bas...
... Tout était dit. Niklaas partirait le lendemain à la première heure avec ses garçons. le cheval les ramènerait, par petites étapes. Gaspard prendrait le train pour Revin. Théodule le conduirait à la gare et il s'occuperait ensuite de l'ours. On avait songé que le fauve pouvait faire partie de la Cité du Cinéma, et de toute façon le père de Théodule saurait faire un sort à cet animal, en attendant de retrouver son propriétaire.
... Après le repas, ils veillèrent deux ou trois heures avec le vieux Marval et la servante. On bavarda longuement. Seul Gaspard garda le silence. 
... Le lendemain matin, Niklaas et ses fils, menant leur break, partirent après avoir fait leurs adieux. On les accompagna jusqu'à la route qui descend sur la Meuse . Après avoir vu la voiture disparaître en cahotant, lorsqu'on eut échangé les derniers saluts, Gaspard et Théodule écoutèrent le bruit des essieux qui se perdit bientôt au fond des bois, puis ils revinrent à la ferme.
... - Ton train ne part pas avant deux heures de l'après-midi. Nous avons le temps, dit Théodule.
... Ils déjeunèrent vers onze heures sans échanger beaucoup de paroles. Théodule ne se lassait pas d'écouter les moindres bruits. De temps à autre il frappait son verre avec son couteau pour avoir le plaisir d'entendre le tintement. 
... - Tu pourras maintenant écouter les carillons des beffrois, dit Gaspard.
... Théodule était tout-à-fait changé. Il n'avait plus son air grave d'enfant livré à des responsabilités précoces.
... - D'ici, j'entends chanter les campeurs, dit-il.
... - Ce n'est pas possible, dit Gaspard.
... - Et même, j'entends grogner l'ours au fond du garage.
... Gaspard tendit l'oreille. des chansons perdues dans l'air parvenaient à travers la fenêtre ouverte, mais pas le moindre grognement d'ours.
... - Je vais téléphoner, dit Théodule.
... - Tu as un téléphone! s'exclama Gaspard.
... - C'est la première fois que je m'en servirai, déclara solennellement Théodule.
... - A qui veux-tu téléphoner?
... - A mon père...



.............................................................................  à suivre  ...

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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 22:17



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... Quelques secondes passèrent pendant lesquelles Théodule parut attentif au chant d'un merle que les autres garçons entendirent eux-mêmes, malgré le périlleux embarras de leur situation.
...  Théodule revint le premier à la réalité. il fit signe à ses amis de s'éloigner le plus doucement possible, de façon à éviter de déclencher la fureur de la terrible bête, qui paraissait pour l'instant se désintéresser un peu des circonstances. Jérôme et Ludovic s'étaient déjà effacés derrière l'ours, et Gaspard se glissait autour de son arbre.
... - La camionnette, souffla Théodule.
... Gaspard, Jérôme et Ludovic aperçurent la camionnette entre les arbres. on avait tourné dans la forêt, en sorte qu'on était revenu non loin de la clairière. Si l'on pouvait filer jusqu'à la voiture, on s'y enfermerait. C'était la seule solution raisonnable, en tout cas, Gaspard fit quelques pas avec précaution. Jérôme et Ludovic de leur côté s'écartèrent. L'ours demeura lourdement assis, balançant sa tête à droite et à gauche comme s'il mélangeait des pensées. Les garçons s'arrêtèrent, osant à peine respirer, puis ils firent encore quelques pas et s'arrêtèrent de nouveau. Théodule commandait d'un signe les départs et les arrêts. 
... - On y va, dit-il enfin.
... Tous s'élancèrent vers la camionnette avec une agilité inouïe. Comme ils étaient à vingt pas de la voiture, ils sentirent l'ours sur leurs talons. L'animal avait bondi et chacun s'attendait à recevoir tout son poids sur les épaules. Cependant, l'ours ne se livra à aucune agression. Il passa en coup de vent entre Jérôme et Gaspard qui sentirent le frôlement de l'énorme fourrure, et il s'arrêta derrière la camionnette.
... Les garçons, qui voyaient presque à leur portée les portes ouvertes du fourgon, durent soudain renoncer à tout espoir. Ils stoppèrent brusquement. L'ours s'était tourné de leur côté et semblait les narguer. Ce fut à ce moment que Niklaas sortit du fourré...

......................................................................................  à suivre  ...

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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 14:18




A écouter religieusement...
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Francis Cabrel  " La corrida... "
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 22:48




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... Très long douzième et dernier chapitre...
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                                                  OU  L'ON  DECOUVRE  ENFIN 
                                                        LE  GRAND  PAYS...



... Niklaas, qui se tenait de l'autre côté du fourré , ne soupçonna pas l'événement. Jérôme et Ludovic, lorsqu'ils aperçurent l'ours, furent cloués sur place. Ils étaient l'un et l'autre, à vingt pas de Gaspard. Ils n'eurent même pas l'idée de se sauver...
... L'ours s'était avancé en regardant de part et d'autre. Sa fourrure magnifique ondulait sur son corps qui se mouvait avec une prudente et cruelle lenteur. Ses yeux brillaient. Gaspard, étendu de tout son long, n'osait pas non plus bouger. Lorsque le mufle de l'ours fut au-dessus de lui, il se ramassa sur lui-même. l'ours détourna la tête, Jérôme venait de s'avancer.
... Il est bon de corriger ses défauts, mais on ne peut y parvenir sans une grâce du ciel. Peut-être Jérôme avait-il tellement peur qu'il ne savait plus ce qu'il faisait . Lorsqu'un danger assez terrible se présente, la nature entière semble changer. Le ciel bleu entre les branches et le silence devenaient fantastiques. Jérôme s'arrêta à quelques pas de l'ours. Il demeura immobile, en proie à une hésitation désespérée. Gaspard venait de se relever. Alors Ludovic s'avança à son tour. Gaspard recula un peu, s'adossa à un arbre tout saisi d'horreur. L'ours se dressait sur ses pattes de derrière.
 ... Cette scène se déroula en quelques instants. On entendit Niklaas qui se frayait un passage dans le fourré. L'ours marcha pesamment jusqu'à Gaspard. Jérôme et Ludovic se trouvaient maintenant derrière l'ours.
... La bête dominait Gaspard de deux coudées. Ses pattes de devant s'abattirent sur l'arbre, où les griffes s'enfoncèrent au dessus de la tête du garçon.
... L'attitude de l'ours était très étrange. il semblait animé par une curiosité cruelle, et sa férocité demeurait sournoise et méfiante, bien qu'il fût cent fois le plus fort. Jérôme s'était avancé. Il y avait lieu de croire qu'il était soudain privé de toute raison. En tendant le bras, il pouvait toucher l'ours. Il tendit le bras et saisit l'épaisse fourrure.
... L'ours se laissa retomber sur ses pattes de devant, comme pour obéir à la main de Jérôme, et voici le fait le plus extraordinaire qui ait été rapporté sur cette histoire: le visage de Jérôme était tout souriant. Ludovic lui-même, transporté par on ne sait quelle inspiration fabuleuse, se mit à parler avec douceur. Il dit simplement:
... - C'est peut-être un ours apprivoisé.
... Gaspard ouvrait des yeux grands comme des lunes. Il savait qu'une catastrophe s'était déclenchée et que, de toute façon, il y aurait à pâtir. Mais l'ours tendit l'oreille aux paroles de Ludovic. Jérôme avait laissé sa main sur la fourrure.
... - Il a un collier, dit Ludovic.
... Il faut croire que la voix de Ludovic était aussi belle qu'une chanson, à ce moment-là. L'ours venait de s'asseoir et l'écoutait avec un intérêt prodigieux.
... - Laisse-nous en paix, disait Ludovic. Nous sommes amis de la paix.
... Ce fut à ce moment que Théodule entervint. Il s'était éloigné un peu plus que les autres, tandis qu'on poursuivait le cheval et, après un détour, il revenait sur le fourré. Il avait assisté à la scène, et s'était avancé sans bruit. Son intervention eut quelque chose de plus surprenant encore que la conduite de Ludovic, mais par surcroît, complètement inutile. Théodule se borna à dire:
... - Maintenant, j'entends les oiseaux. 
... Nul doute qu'il ne fut en proie lui-même à une épouvante merveilleuse qui l'avait soudain guéri de sa surdité. a la fois enchanté et désolé des circonstances, il dit encore: 
... - Je remercie tous les saints du ciel...


..........................................................................  à suivre  ...

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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 22:04



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... Suite!!!...

... Personne n'osait rien dire au sujet du grand pays d'Hélène. Niklaas lui-même ne pouvait exprimer ce qu'il pensait vraiment. Ce fut avec gravité que l'on trinqua, vers la fin du repas, à la santé d'Hélène et au souvenir du pays inconnu où l'on n'arrive jamais...
... On ne sait pourquoi tous les yeux se tournèrent alors vers Gaspard. Sans aucun doute, on attendait de lui quelque chose, lui qui ne pouvait rien à rien. Ce fut Niklaas qui dit pour plaisanter:
... - Toi, Gaspard, il ne te reste plus qu'à provoquer une catastrophe d'un nouveau genre, si tu ne veux pas retourner à Lominval.
... - Non, dit Gaspard avec effroi.
... Les plaisanteries deviennent quelque fois chose sérieuse, et l'on se trouve rappelé à une réalité qu'on ne soupçonnait pas. Au moment même où Niklaas prononçait ces mots, on entendit un léger froissement dans le taillis. En se tournant, tous aperçurent parmi les feuillages la belle tête du cheval pie. On l'avait tout à fait oublié. Chacun ressentit un frisson. Gaspard dit, comme pour conjurer le sort:
... - C'est mon ami...
... Le cheval ne bougeait pas et semblait attendre qu'on vînt lui passer un licou.
... - Je voudrais simplement le caresser une dernière fois, dit Gaspard.
... Il se leva et s'avança vers le taillis, mais le cheval fit volte-face et disparut. Alors, tous s'avancèrent et sans s'être concertés, se dispersèrent pour essayer de cerner le cheval.
... Le taillis se composait de charmes et de noisetiers assez espacés. Par endroits, il y avait quelques profonds fourrés. Le cheval ne s'était pas beaucoup éloigné. On l'aperçut bientôt entre les branches. Néanmoins, quand on resserra le cercle autour de lui, il se déroba de nouveau. On le poursuivit encore et finalement, tous se retrouvèrent autour d'un très grand hallier, qui s'élevait dans une fondrière.
... - Il ne doit pas être ici, cria Niklaas, il me semble que j'ai entendu son galop un peu lus loin.
... - Fouillons quand même le hallier, dit Ludovic. Il y a quelque chose qui remue là-dedans.
... Gaspard s'avança le premier. Il écarta une liane de clématite et quelques branches pour se frayer un passage. Mais aussitôt, il recula si précipitamment qu'il tomba à la renverse. Un ours énorme venait de surgir du fourré...


..............................................................................  à suivre  ...

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  • : Ce blog est destiné à présenter un court-métrage cinéma autour d'Arthur Rimbaud et de Nina... Voilà donc une approche par divers poèmes, d'Arthur bien-sûr... mais aussi d'autres poètes proches de lui... comme Emile Nelligan... de Léo Ferré pour sa musique et ses mots... ainsi que divers articles, images et extraits musicaux... Une balade aussi bien-sûr en Abyssinie... pour essayer de comprendre... Merci aux futurs lecteurs...
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